| Odette Laplaze-Estorgues
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- Un roman bouleversant qui conduit le lecteur à faire table rase de ses tabous et de sa moralité. - Evoque une page douloureuse de la Libération, longtemps occultée par les victimes et les témoins (20 000 femmes tondues en France). - Inspiré d'un drame vécu de 1944 à 1983 à Saint-Flour (Cantal) dont la portée est universelle. - Construction habile et judicieuse, style et écriture parfaitement maîtrisés. "
Je sais bien qu'il n'aurait pas fallu grand-chose pour que je sois
Estelle Boulay et non Marie Dautraye. Ne l'ai-je pas été
en songe, il y a peu encore ! Dès le début, à
lui restituer ses âges divers, à l'imaginer allant et
venant dans son refuge, asservie à de brutales pulsions, j'ai
réussi à réveiller mes propres fantasmes et à
rameuter mes fidèles fantômes. |
| [Mise
au ban d 'une société sans clémence ] A la Libération, de troubles passions s'assouvissent en sordides vengeances et règlements de comptes expéditifs. Tondue le 25 août 1944, Estelle Boulay ne peut supporter cette humiliation. Elle s'enferme chez elle et reste cloîtrée durant quarante années. Elle connaît alors un irrémédiable délabrement du corps, du coeur et de l'âme, entraînant dans sa chute son jeune frère, Hugues. Celui-ci est lié à sa soeur au point de partager volontairement sa réclusion. Grâce à des recherches, utilisant ses propres souvenirs et donnant libre cours à son imagination, l'auteur met en scène l'histoire d'Estelle Boulay, celle de sa famille et, dans le même temps, une part de la sienne. [Etrange ascendant] Bien plus qu'un fait divers, l'histoire d'Estelle fascine Marie Dautraye, au point qu'elle décide de se rendre sur place, dans le petit chef-lieu d'arrondissement où a eu lieu le drame, pour mettre ses pas dans ceux de la recluse. A peine à Montaignan, misérable étrangère, elle pressent qu'elle s'engage dans de périlleuses traverses. Elle se met en quête d'articles, de photos, de témoignages concernant Estelle et les siens. Marie veut comprendre. Elle veut aussi pouvoir s'émouvoir et s'indigner, bref laisser parler son coeur et ses émotions. Mais plus elle arpente les rues de la ville, sollicite sa mémoire et croit approcher la vérité, plus elle pense trouver les traces d'un passé enfoui dans l'obscur des consciences, et plus elle sent son propre trouble grandir. Elle ne peut s'empêcher d'épouser la cause de ceux qui l'émeuvent, au point de se glisser dans leur peau par une singulière osmose, au détriment de son propre équilibre. Alors, peu à peu, sa curiosité initiale se mue en attachement pour Estelle. Par un irrépressible dédoublement de la personnalité, elle s'identifie à son héroïne et va elle-même connaître une tragique descente aux enfers. [Entre émotion et indignation,un roman bouleversant] Si cette descente aux enfers peut parfois choquer, jamais le lecteur ne se désolidarise des personnages de ce roman. A l'instar de Marie, il ne peut plus les lâcher. Certes, il ne ressort pas serein de ce récit. Il peut s'émouvoir ou s'indigner, mais, dans tous les cas, il ressent à son tour un besoin impérieux d'en savoir plus. La Recluse est bien plus qu'un roman. C'est un roman vrai. Non seulement parce qu'il évoque une page douloureuse de l'Histoire, au lendemain de la guerre, mais encore parce qu'il réveille ce qu'il y a de plus obscurément caché en chacun de nous et qui, souvent, demeure dans la gorge comme un cri étouffé. |
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